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Le père-Lachaise

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26 Re: Le père-Lachaise le Jeu 07 Avr 2011, 7:56 am

Je ne sais pas si on peut le qualifier de musique funéraire mais pour ceux qui ne l'ont jamais écouter je ne peux que vous conseiller Fields of the Nephilim, essayer de vous balader au Père Lachaise en écoutant Mourning Sun et plus spécifiquement Le veilleur silencieux. La première fois que j'ai entendu cette musique j'ai vraiment compris ce que voulais dire être touché au plus profond de son âme.

Après il est clair que chacun à son propre ressenti sur une musique, il est normal qu'une chanson qui fera pleurer untel soit sans aucun effet sur quelqu'un d'autre

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27 Re: Le père-Lachaise le Jeu 07 Avr 2011, 9:25 am

Samael a écrit:Je ne sais pas si on peut le qualifier de musique funéraire mais pour ceux qui ne l'ont jamais écouter je ne peux que vous conseiller Fields of the Nephilim, essayer de vous balader au Père Lachaise en écoutant Mourning Sun et plus spécifiquement Le veilleur silencieux. La première fois que j'ai entendu cette musique j'ai vraiment compris ce que voulais dire être touché au plus profond de son âme.
Je te dirai ça prochainement, mais je ne retournerai désormais pas au Père Lachaise de sitôt. Ceci étant, je peux très bien m'y imaginer en écoutant les morceaux que tu préconises pour te donner mon point de vue là-dessus. Alors à bientôt ! Wink

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28 Re: Le père-Lachaise le Jeu 07 Avr 2011, 1:46 pm

Kirhel a écrit:En effet, j'aimerais moi aussi y errer pour l'éternité... Bon, avec de temps à autres des sorties extra-nécropolitaines pour profiter d'une femme (en chair et en os), d'une bonne table (escargots de Bourgogne, tourteaux, cuisses de grenouille, langoustines, saumon fumé, pizzas, 寿司, 焼き鳥, nems, raclette, fondue savoyarde, couscous, œufs mimosas, asperges-mayonnaise, petit canapés aux œufs de lompe rouges, lapin grillé, ratatouille maison, bó-bun, crêpes, vacherin, forêt noire... Faut que je m'arrête...), d'un bon concert (Paradise Lost, Paradise Lost, Paradise Lost, et puis peut-être aussi Paradise Lost ! scratch )...
Je comprends ce que tu dis, même si je ne partage pas ce sentiment aujourd'hui. J'aimerais y errer pour me dessécher, me fondre dans les cendres, faire corps avec la pierre...

Kirhel a écrit:C'est bien ce que je disais hier soir dans le sujet sur la religion : tous les plus beaux sites, les endroits les plus charmants, les lieux les plus mystérieux empreints de mysticisme et de mystère, portent une connotation religieuse. Il n'y a qu'à regarder les trois-quarts des images de la première vidéo pour voir que ça sent le gothic, le death, le doom et consorts à plein nez.
Je suis tout à fait d'accord avec ça. C'est d'ailleurs pour ça que je traine si souvent dans les cimetières et les églises. Et puis mon projet est de racheter une chapelle excommuniée et d'en faire mon lieu de vie.

Kirhel a écrit:La musique de la première vidéo est surprenante quand on ne sait pas trop à quoi s'attendre. Bon, c'est joli, mais je trouve ça un peu trop ennuyeux. Pour de la musique funéraire, je n'ai pas trouvé les mélodies belles sur ce morceau, même si le son est charmant (c'est lui que je trouve joli), ni même que les notes choisies pour le composer s'enchaînaient avec harmonie. Je n'ai senti aucun sentiment de solitude, de douleur, de désespoir, et n'ai rien ressenti sur ce morceau en allant chercher des souvenirs douloureux ; ce genre de musique me semble bien moins funèbre que si Joys of the Emptiness avait été jouée sans le chant de Nick ; ce titre s'accorderait dix fois plus à mon sens avec une procession, un rite mortuaire, un enterrement. Les gars de Lynyrd Skynyrd, eux aussi, ont fait un réel travail de musique funéraire sur l'intro de Freebird, et je pense que Mournful Congregation aurait gagné à s'en inspirer.
Là-dessus nous avons des avis strictement opposés. Au contraire, ce morceau m'évoque une très longue procession, où les gens se mettent à pleurer quand le solo de guitare se déploie (avec ce chant death qui vient tapisser le paysage sonore). Cette musique a une portée fœtale pour moi, et me donne envie de me replier.

Kirhel a écrit:Le second morceau, lui, suscite davantage mon intérêt, car la composition me semble meilleure. Elle me rend également admiratif devant ce grand travail de synchronisation des musiciens sur les parties où la batterie ne marque son rythme que très rarement, avec des écarts de percussions qui se comptent en secondes. Je souligne aussi le travail original quant à l'usage du vibrato sur les six cordes.
C'est un morceau très inspiré du My Dying Bride première époque (surtout au niveau des guitares), mais avec une rythmique qui s'est écroulé dans les limbes de la lenteur. Et oui, il est sacrément difficile de maintenir le rythme avec une musique aussi lente. Surtout qu'il y a trois guitares!
Tu vois, je pensais que tu aurais été plus touché par le premier que le second morceau. Toutefois, tu décris ce dernier en termes très objectifs, ce qui somme toute est plutôt logique. Car ce genre de musique demande énormément de temps à être appréhendé. Car quand on est pas habitué à une telle lenteur, c'est l'ennui qui nous guette (ce qui fut le cas lorsque pour la première fois je suis tombé sur ce type de groupes). Mais une fois investies, ces musiques permettent une véritable introspection, comme aucun autre genre d'ailleurs.

Kirhel a écrit:Merci à toi pour ce partage ; et si tu as du doom pur à me faire écouter, je suis preneur. J'aimerais voir ce que ça donne et si je peux m'imaginer au Père Lachaise avec ça dans les oreilles (bien qu'aujourd'hui, je m'y sois baladé sans aucune musique dans les oreilles, juste pour le recueillement, le silence, le bruissement des feuilles, le souffle du vent...) .
Pour en revenir aux classiques, voici le titre de My Dying Bride dont je te parlais (qui aura influencé des centaines de formations) :
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29 Re: Le père-Lachaise le Jeu 07 Avr 2011, 1:47 pm

Samael a écrit:Je ne sais pas si on peut le qualifier de musique funéraire mais pour ceux qui ne l'ont jamais écouter je ne peux que vous conseiller Fields of the Nephilim, essayer de vous balader au Père Lachaise en écoutant Mourning Sun et plus spécifiquement Le veilleur silencieux. La première fois que j'ai entendu cette musique j'ai vraiment compris ce que voulais dire être touché au plus profond de son âme.

Après il est clair que chacun à son propre ressenti sur une musique, il est normal qu'une chanson qui fera pleurer untel soit sans aucun effet sur quelqu'un d'autre
Je ne connais ce groupe qu'en live. Et j'avoue avoir été extrêmement déçu, car musicalement j'aurais aimé plus d'aspérités. Je n'arrive pas à accrocher.

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30 Re: Le père-Lachaise le Jeu 07 Avr 2011, 9:03 pm

J'ai créé un sujet dans Lost Paradise sur la psychologie et la philosophie et y ai mis nos derniers messages pour ne pas tomber dans le hors-sujet, car on s'éloignait du thème initial du Père Lachaise... La suite, c'est bounce [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] bounce !

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31 Re: Le père-Lachaise le Mar 12 Avr 2011, 9:43 pm

LE CIMETIÈRE DU PÈRE LACHAISE
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Le cimetière du Père Lachaise est la plus grande nécropole de la capitale, loin devant les cimetières de Montmartre et de Montparnasse qui n'ont respectivement qu'une superficie de onze et de dix-neuf hectares, alors que l'ancien cimetière de l'est, situé dans le XXème arrondissement, lui, couvre en tout et pour tout quarante-quatre hectares. On est bien loin de la surface au sol couverte par les treize tombes que comptait le Père Lachaise lors de son inauguration en 1804, petit site qui allait toutefois se développer jusqu'à maintenant en accueillant en son sein des personnalités aussi diverses que nombreuses, telles que Jim MORRISON (James DOUGLAS MORRISON, 1943-1971), Héloïse (d'Argenteuil, 1101-1164) et Abélard (Pierre ABÉLARD, 1079-1142), Modigliani (Amedeo Clemente MODIGLIANI, 1884-1920), Oscar WILDE (Oscar FINGAL O'FLAHERTIE WILLIS WILDE, 1854-1900), Marie LAURENCIN (1883-1956), Molière (Jean-Baptiste POQUELIN, 1622-1673), Alfred DE MUSSET (1810-1857) ou encore Achille ZAVATTA (1915-1993), Édith PIAF (Édith GIOVANNA-GASSION, 1915-1963), Frédéric CHOPIN (Fryderyk Franciszek CHOPIN, 1810-1849), Yves MONTAND (Ivo LIVI, 1921-1991) et Simone SIGNORET (Simone KAMINKER, 1921-1985), et enfin Jean DE LA FONTAINE (Jean DE LA FONTAINE-PIDOUX, 1621-1685), pour ne citer qu'eux.

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La tombe de Gilbert BÉCAUD (1927-2001), aussi bien entretenue par ses proches que par ses fans (division n°45).


Ces personnalités marquées par une identité évocatrice généralement en rapport avec l'histoire ou les Arts, côtoient allègrement d'autres sépultures dans lesquelles reposent des défunts à la vie plus humble, plus commune, mais non moins importante. Ici, au Père Lachaise, chacun est l'égal des autres, sans aucune différence de statut social, de nationalité, d'origine, de profession, de sexe, et où les religions forment un riche camaïeu où chacun a sa place. La foi nous divise, mais la mort nous unit.

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Le plan du cimetière, avec mon itinéraire du jour en jaune, les statues de femmes en rose et celles d'anges en vert.


Cette nécropole est donc un lieu de culte, de recueillement, un havre de paix, une véritable commune où chaque logis est une ultime demeure, et qui recense bien davantage d'occupants qu'il y a de sépultures puisque de nombreuses familles y sont rassemblées pour l'éternité, si tant est que les concessions leur soient allouées à perpétuité. Mais il convient ici de souligner que le cimetière est également un authentique musée de par les nombreuses statues qui s'y trouvent, gardiennes du sommeil éternel, et aussi un jardin botanique de par la variété d'espèces d'arbres. Une pléthore d'artistes, tels que Victor PAILLARD, Mathieu MEUSNIER, Marius RAMUS, Ferdinand BARBEDIENNE, Auguste BOUCHER, Henri CHAPU et Auguste RODIN, parmi tant d'autres, ont quelques-unes de leurs statues réparties dans la superficie de la nécropole, au cœur d'une luxuriante végétation qui compte mancenilliers, thuyas, noyers noirs d'Afrique, ormes communs, autant de robiniers que d'érables, une centaine de hêtres ainsi que quelques cèdres, cerisiers, cyprès, frênes.... De sculpturales œuvres statuaires coulées dans le bronze, fondues dans le fer, taillées dans la pierre, se dressent de toute leur splendeur au-delà des croix érigées ici-et-là dans les quatre-vingt dix-sept divisions, que ce soit aux abords du grand jardin pittoresque, du Mur des Fédérés, du Monument aux Morts, du Mausolée ou encore de la stèle qui, depuis le 1er juin 2010, rappelle ici-bas aux vivants que 228 âmes sont passées de vie à trépas dans le crash du vol 447 d'Air France, le tristement célèbre 31 mai 2009.

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La statue n°5, proche de l'entrée principale, à l'ouest, ouvre le bal des femmes figées pour l'éternité.


Malgré nos défunts, nos morts que nous chérissons encore et toujours, avec la plus grande ferveur, et qui peut-être quelque part, veillent sur nous d'une manière ou d'une autre, comment, dans un tel environnement, ne pas y trouver le bien-être originel présent en chacun d'entre nous ? Comment ne pas se sentir happé par cet endroit si particulier, si singulier par tout ce qu'il représente, somptueux et unique ?

Pour me reposer l'esprit, j'ai décidé de m'y rendre le mercredi 6 avril dernier pour y passer quelques heures, non sans avoir omis de laisser tracas à l'extérieur.

Me voici donc de retour devant l'entrée principale du cimetière du Père Lachaise, que je franchis d'un pas décidé, comme si j'étais guidé par une force supérieure qui avait mit en léthargie le contrôle de mon propre corps. Mon allure est rapide, et je sais déjà dans quelle direction aller. D'entrée de jeu, à peine quelques pas effectués, je bifurque sur ma droite pour arpenter un petit chemin dans la seconde division et me retrouver nez-à-nez avec cette statue que j'aime tant, portant le n°5 (photo ci-dessus).

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Deux ou trois minutes me suffisent à la contempler et à me repaître de se ligne sculpturale qui m'a toujours fasciné. Il s'agit là d'une magnifique statue qui m'a toujours particulièrement attiré, comme quelques autres que je m'en irai voir ensuite. Je m'approche d'elle, assise, tournée de profil et ne faisant presque plus que corps avec la porte de la stèle sur laquelle elle veille, et pose ma main sur son épaule gauche pour la caresser, comme une salutation. Bien que son regard absent soit fixé sur la pierre qui lui fait face, ses yeux semblent aller bien au-delà du ciel et se perdre dans les confins reculées d'un autre monde. Située dans l'ombre, le soleil ne caresse pratiquement jamais sa peau, mais elle n'en est pas moins une intarissable source de chaleur, comme si elle dégageait une passion irraisonnée pour son état figuratif, et pour ses visiteurs qui déposent dans le petit parterre situé à sa gauche des fleurs à son attention.

Un dernier et furtif regard, et je m'extirpe de son emprise pour aller flâner ailleurs... Le ciel est dégagé, il est encore tôt et les passants présent dans l'enceinte du cimetière semblent apaisés, prenant le temps d'apprécier cet endroit qui, à chaque pas, révèle une nouvelle curiosité. Ils parlent peu, ou pas du tout, et regardent tout autour d'eux comme si, à chaque clignement d'œil, ils redécouvraient le monde qui les entoure.

Je remonte le long des divisions n°9 et n°8 (photo ci-dessus) avant d'arriver aux abords des n°13, n°14, n°17 et n°18 qui ceignent le grand Rond-Point (ci-dessous). Le couvert des arbres s'écarte au-dessous de moi et, à chacun de mes pas, la lumière du jour semble se répandre un peu plus abondamment sur la statue de bronze et de pierre au centre du parterre central, œuvre de Jean-Pierre Cortot et Achille-René-François Leclère fondue aux environs de 1907 et érigée ici pour porter le fardeau de la tombe de Jean-Paul-Pierre CASIMIR-PERIER (1847-1907), et portant les noms d'Éloquence, de Fermeté et de Justice. Une légende raconte que des abeilles investirent il y a quelques années la tête de la statue de Jean-Paul-Pierre et que les pompiers eurent bien du mal à les déloger de là de manière définitive.

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Sur notre droite, la statue n°79 (photo ci-dessous), voisine de l'ange n°18, se hisse en hauteur de toute sa stature pour défier les cieux immaculés où seul le soleil caché à l'est derrière les arbres a osé s'aventurer. Ses rayons encore timides caressent le bronze de tout le flanc droit de la pleureuse d'Augustin-Jean Moreau-Vauthier, spécialisé dans les figures allégoriques et mythologiques. Bien que la sculpture funéraire n'était pas son créneau de prédilection, il a laissé ici un réel patrimoine, merveille d'Art où la finesse des drapés n'a d'égal que celle du coup de main originel, avant que la sculpture soit enfermée dans un moule et que n'y soit coulé le métal brûlant. Le soin apporté à la main droite de cette pleureuse renforce encore l'idée de douleur, de dégoût, la digue qui retenait les larmes cédant et balayant tout sur son passage, crispant ses doigts de toute leur force sur ce visage éploré pour le cacher, non pas à la multitude, mais à son propre cœur meurtri dans le deuil, et que son avant-bras cache. Jamais pleureuse n'a aussi bien porté son nom.

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De l'autre côté du rond-point, le sol remonte et l'accumulation de sépultures et de tombes prend tout son relief devant la gravité du spectacle morbide de tous les corps qui reposent sous la surface du sol (photo ci-dessous). La pierre règne ici en maître, comme la mort dans laquelle elle se fige, à l'instar de la plus célèbre des trois gorgones, Méduse, qui dans la mythologie grecque, a fait du roc une matière néfaste, celle-ci n'étant en définitive ni plus ni moins que la chair des mortels qui avaient croisé son regard et s'étaient automatiquement retrouvés statufiés à tout jamais. Ces montées et descentes dans l'enceinte du cimetière sont dues au fait qu'au XIIème siècle, le périmètre de l'actuelle nécropole était l'une des sept collines de Paris, comptant entre autres l'actuelle butte Montmartre. Elle portait alors le nom de colline de Champ-l'Évêque. François D'AIX DE LA CHAISE (1624-1709), dit le père La Chaise de son vivant, ne lui donna son nom que bien après sa mort ; son orthographe changea aussitôt !

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C'est face à ce même rond-point que l'on trouve également la magnifique, et très originale stèle de Henriette-Adélaïde RASPAIL (1799-1853), où la scène statuaire la représente couverte d'un linceul, tendant le bras droit vers le haut et passant la main entre les barreaux de la cellule dans laquelle son mari, François-Vincent RASPAIL (1794-1878), fut enfermé en 1832 (photo ci-dessous). L'ironie sur sort décida que bien qu'il séjourna à plusieurs reprises en prison, c'est elle qui mourut la première...

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Nous quittons le rond-point et nous engageons entre les 18ème et 17ème divisions pour aller vers le sud-est et profiter des bienfaits du vent qui fait bruisser les feuilles au-dessous de nous et distille dans notre esprit la sérénité propre aux allées pavées qui s'allongent et serpentent entre les différentes sections, créant un labyrinthe qui ne fut pas toujours aussi vaste. En effet, le cimetière subit cinq agrandissements qui le firent passer, entre 1824 et 1850, de dix-sept hectares aux quarante-quatre actuels.

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Sur notre droite, dans la division n°32, la statue n°76 (photo ci-dessus), au loin, semble encerclée, perdue au milieu d'une mer de stèles, où la pierre se brise, se fissure, implose sous la force des racines et du lierre qui s'immisce en elle. Privée de ses bras sous le poids du temps, les yeux baissés, assise en hauteur, elle semble accepter son destin bien malgré elle, renonçant à poser son regard absent sur le monde pour ne plus souffrir de l'avoir quitté pour toujours. Cloportes, araignées, pigeons et intempéries achèveront de la ronger jusqu'à ce que son corps de pierre, déjà bien mal en point, ne finisse en morceaux si aucune restauration n'est effectuée.

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Tranquillement, nous arrivons du côté de l'extrémité sud du cimetière, après avoir rencontré quelques statues le long du chemin cursif qui fait demi-tour pour, entre les divisions n°39 et 40, finir par remonter vers le nord en ligne droite (photo ci-dessus). L'allée est un peu plus sombre, ombragée par le branches feuillues des arbres, mais également par la hauteur des stèles qui bordent le trottoir des deux côtés. Plus à l'ouest, les divisions sont presque toutes peuplées de défunts qui reposent dans des tombes couchées à l'horizontale sur le sol, et des pleureuses et gisantes veillent sur elles. Nous irons leur rendre visite un peu plus tard et changeront donc considérablement de décor. C'est qu'avec ses hauts et ses bas, ses petits chemins et ses larges allées, le Père Lachaise offre au visiteur de nombreux charmes tout aussi éclectiques.

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Au bord de la 44ème division, deux statues (n°49 et n°50) se tiennent debout sur le toit d'une large stèle (photo ci-dessus) : l'une, située du côté nord, se présente drapée dans un linge tandis que, de l'autre côté d'un grand réceptacle de pierre sur lequel veillent deux chérubins disposés symétriquement, la seconde figure allégorique exhibe un sein sans aucune pudeur. L'érotisme est parfois de mise parmi les sculptures présentes dans l'enceinte d'une nécropole, bien que cela soit souvent réservé aux personnages empreintés à la mythologie, qu'elle soit grecque ou romaine. C'est que la Père Lachaise recèle de nombreuses surprises... Preuve en est la statue suivante à laquelle j'ai associé le n°48 (photo ci-dessous) : il s'agit là de l'une des très rares qui soit faite en fer, ici complètement oxydé à cause de la pluie et de l'humidité ambiante propre aux saisons froides. La surface de sa peau, devenue rugueuse, a perdu sa douceur initiale, mais elle n'en reste pas moins gracieuse.

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Ces femmes qui ont inspiré ces statues à leurs géniteurs ont-elles réellement existé ? Étaient-elles leur muse, leur épouse, leur bien-aimée ? Ou un simple modèle ? Elles semblent témoigner d'un Amour immortel dont la survivance n'est pas à démontrer, par-delà la distance, bien au-delà du néant. Elles s'imposent dans le monde des vivants comme un simple rappel, et inspirent celles et ceux qui ont perdu un être cher, comme pour leur signifier que le fait que leur moitié repose ici ne les empêche pas de l'aimer encore et toujours (photo ci-dessous), et peut-être de manière plus obsessionnelle, mais sincère encore.

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Au nord se trouve l'intersection la plus importante du cimetière, point de rencontre de pas moins de six divisions (48, 49, 52, 53, 54 et 71), et les n°47, 49 et 70 ne sont pas loin ! Quoi de plus normal, dans ce cas-là, de trouver de nombreuses sculptures ici, non seulement en termes de statues, mais également sur les corniches des stèles et en médaillon sur les pierres tombales. Une variété importante de trésors dans si peu d'espace... Et les trésors méritent d'être protégés, comme ces deux statues, dont la n°16 (photo ci-dessous). Il convient d'ailleurs ici de parler un peu de mon référencement des œuvres statuaires, car je n'ai pas numéroté toutes les statues de femmes et d'anges de la nécropole, mais uniquement celles qui, à mes yeux, présentaient un attrait esthétique propre à mes goûts pour la sculpture. Et là, il n'y a pas de critères car je les ai choisies sur la base de mon ressenti, et non de leur qualité artistique ou symbolique. Non, c'est un sentiment purement intuitif qui m'a poussé à en préférer à d'autres, et à ne pas référencer ces dernières. Je pense donc que les 175 femmes (le plan n'est pas à jour et n'en compte que 173) et les 38 anges, au total, couvrent aisément quelques 90% des œuvres sculptées de la nécropole.

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Ainsi, les deux statues de l'ensemble sculpté de la division n°48 (photo ci-dessus, agenouillée) n'ont à mon sens pas le même attrait, et une seule a été référencée, l'autre ne m'attirant pour ainsi dire pas du tout. À noter quand même que depuis trois ans, cet ensemble est isolé par le biais d'une vitrine en verre (qui ne facilite pas les photos à cause des reflets) afin de le préserver des affres du temps. Bien d'autres statues auraient mérité de tels égards, mais elles n'auraient plus eu le loisir de sentir la main chaude du passant sur ses formes. La pierre lisse sans aucune aspérité, la chaleur des femmes qui contraste avec la froideur de leurs chairs de bronze. Il n'est pourtant pas rare de tomber sur des statues démembrées, voire décapitées ! Au grand dam de l'artiste qui, ici-bas ou dans l'au-delà, s'en offusque. Et pour mon plus grand déplaisir...

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Même chose pour l'ensemble sculpté représentant la statue n°17 (photo ci-dessus), absolument parfaite, qui est sur le point de poser une couronne de fleurs préparée par ses soins au-dessus de la tête d'une défunte pour immortaliser son âme et la guider dans sa nouvelle vie par-delà la mort.

Reprenons donc notre chemin après nous être largement attardés sur ce grand carrefour, et allons donc vers l'ouest en passant entre les divisions n°70 et n°54. Le soleil est à présent bien plus haut dans le ciel, il n'est pas loin de onze heures du matin, et si je me suis bien repéré dans le cimetière, il nous reste encore presque toute la partie est à visiter. Mais... quelques mètres après être venu le long de la division n°68, un nouveau groupe de statues se présente sur notre gauche (photo ci-dessous).

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Il s'agit donc de quatre groupes de statues formant un ensemble rectangulaire où elles siègent à chacun des angles, et sculptées par Mathieu Meusnier, évoqué plus haut. Sur la photo, celle de gauche porte le n°109, celle de droite (la mère, et non la fille) la n°108, et en continuant dans le sens contraire des aiguilles d'une montre, on trouve les n°107 et n°106. Il s'agit ici d'un réel travail de plusieurs années pour finir l'ensemble de la sculpture. La taille des épreuves, ces statues de cire autour desquelles on créé un moule en plâtre, demande d'interminables heures de travail, et bien malheureux est leur destin puisqu'une fois que le moule qui les entoure est dur, on fait fondre la cire pour y couler du bronze bouillant, et qui se durcira au fur et à mesure que sa température baissera. Enfin, il ne reste plus qu'à briser le moule et le tour est joué. Facile à dire, mais certainement pas à faire lorsque, comme ici, le simple fait de faire une première statue ne permet juste que de se préparer à la sculpture de l'épreuve suivante. La passion mène à la patience, mais ne dit-on pas que cette dernière ne pousse pas dans tous les jardins ?

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Plus au nord, on arrive enfin à la statue n°105 (photo ci-dessus) qui me plut tellement le jour où je la découvris que je nourris dès lors un Amour platonique pour cette allégorie. Bien exposée à l'angle de la 65ème division, tournée vers l'est, elle tient contre elle son fils, comme pour le préserver d'un danger. On note ici la curieuse juxtaposition de cette femme qui semble frêle (les traits fins du visage, la petite taille, les épaules étroites) et pourtant, se dresse presque fièrement pour s'opposer à la menace que son fils semble fixer juste devant eux. La jambe gauche de l'enfant sectionnée sous son genou, montre bien la technique de sculpture en plusieurs parties, avec armature en métal pour solidariser toute la structure du corps de la statue. D'aucuns auront reconnu qu'elle fut celle qui me prêta son buste pour en faire mon avatar...

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Revenons donc vers l'entrée principale à l'ouest du cimetière pour mieux nous enfoncer ensuite à l'opposé jusqu'à la sortie, non sans faire des petits détours ici-et-là. C'est en passant entre les divisions n°64 et 65 que l'on peut voir sur notre gauche, si l'on ne marche pas trop vite, l'ange n°27 (photo ci-dessus), très discret, caché entre deux stèles qui empêchent le soleil de le voir. Cette femme ailée, un genou posé sur la tombe, est très difficile à prendre en photo puisque outre les problèmes de lumière, elle est handicapée par un souci de disproportion qui fait que son bras et son avant-bras droit sont plus importants que le reste de son corps. Le souci est très léger, puisqu'en fonction de l'angle de vue, cela ne se verra pas, mais il est littéralement impossible de la prendre sur son côté gauche sans mettre en évidence les disproportions en question.

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Ce n'est pas seulement un problème de mauvaise estimation de la part d'un sculpteur qui n'aurait pas le compas dans l'œil ; il se peut aussi que la pierre ait présenté des difficultés ici et des sensibilités ailleurs. Car oui, à l'instar de tout matériau, un coup de burin dans une zone sensible du bloc initial peut briser la totalité d'un travail commencé. Si la pierre est friable, il est parfois préférable de passer outre les proportions et de commencer à polir plutôt que de tailler encore en risquant de tout compromettre. Le bronze ne pose pas ce problème, et la statue n°161 (photo ci-dessus) n'en a très certainement pas posé autant que la pierre ; cette dernière est plus difficile à travailler que la cire qui laissera ensuite place au bronze...

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Attardons-nous un peu à la pointe est de cette division n°67 pour porter un regard aux souches (photo ci-dessus) qui montrent bien, d'abord le souci d'entretien du paysage du cimetière du Père Lachaise (côté esthétique, côté pratique, etc), mais également la robustesse des troncs qui sont là depuis des dizaines d'années au bas mot et ont eu le temps de gagner en circonférence, et donc en robustesse. Soulignons tout de même que si les troncs sont tronçonnés, les arbres pourront bien évidemment toujours repousser, et eux-mêmes, tout autant que les statues, les stèles, les tombes et les caveaux font partie intégrante de la nécropole. Prenons soin d'eux et ne les souillons pas. Ne soyons pas irrespectueux, ni de la nature, ni du patrimoine artistique, et ni des autres visiteurs qui aspirent ici à se ressourcer. Ne parlons pas fort, comme ces deux femmes (photo ci-dessous. L'homme est seul) qui devaient sans doute croire qu'elles étaient seules au monde. comme de nombreux visiteurs. Qu'il y ait plus de morts que de vivants entre les murs du cimetière ne signifie pas non plus qu'il n'y a personne !

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Nous voici à nouveau revenus dans l'axe ouest-est de l'entrée. En nous tournant vers la gauche, c'est le Monument aux Morts (photo ci-dessous) qui nous invite à venir près de lui pour nous recueillir. Cet ensemble d'Albert Bartholomé se décompose en quatre parties, avec un couple et leur enfant dans la partie inférieure qui représente la mort où une quatrième personne veille sur eux, puis un couple de jeunes décédés dans le partie supérieure au centre, près à passer de l'autre côté (le bras droit de la femme a été cassé entre-temps), et enfin les deux parties latérales qui représentent des proches qui semblent refuser de voir partir les deux défunts, et font vraisemblablement partie de leur famille. Nombreuses sont les statues qui tournent la tête ou se cachent les yeux pour refuser de voir la réalité en face : un geste symbolique à une époque où la mort était encore un sujet tabou dont on ne parlait que trop peu, et que l'on n'acceptait pas... Ici, ce sont les statues n°136 à 143, ainsi que la n°146 qui sont en scène. Remarquez l'éclat des fleurs qui poussent au bord de l'autre monde, et le bouquet posé au-devant il y a quelques jours, déjà fané, mais dont la symbolique restera marquée pour toujours.

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De l'autre côté, en se tournant vers l'ouest, on remarque les parisiens et les touristes de France et de Navarre affluer dans l'allée principale (photo ci-dessus). Prenons vite la poudre d'escampette !!

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Après avoir aidé une vieille femme en haut des marches qu'elle ne parvenait plus à redescendre toute seule, remontons donc l'un des deux escaliers latéraux qui ceignent le Monument aux Morts et passent derrière, plus en hauteur, pour longer la petite pelouse centrale sur notre gauche et la division n°12 sur notre droite, à l'angle de laquelle une pleureuse, la statue n°132 (photo ci-dessus) affalée au pied d'une magistrale stèle sculptée (photo ci-dessous), verse toutes les larmes de son corps. Ces femmes (statues n°129 à n°131) semblent enchanteresses, telles des dryades ou des sirènes, comme si elles tentaient de charmer le passant pour ensuite pouvoir l'emmener dans le mur d'où elles semblent sortir, et le faire passer de l'autre côté du Styx.

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Une jolie petite balade sans aucun arrêt nous extirpera de l'emprise de ces femmes et nous fera apprécier la douce fraîcheur de ce mercredi matin, à arpenter les allées où les dalles mettront à l'épreuve les chevilles les plus inhabituées aux reliefs irréguliers du sol. En fermant les yeux de temps à autres et privé des sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du toucher, plus sensibles à l'environnement de par leur acuité accrue, permettent de ressentir plus profondément encore la dimension profonde qui nous entoure, comme si nous étions en communion avec le cimetière lui-même et les dizaines de milliers de personnes qui ont cette nécropole mondialement connue pour dernière demeure.

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C'est à l'intersection des quatre divisions n°92, n°95, n°41 et n°42 que l'on s'arrête pour porter un regard attentif (photo ci-dessus) sur les quatre statues (n°6, n°53 à n°55) qui, en hauteur, ceignent les angles d'une stèle carrée érigée en pierre. Ces quatre créatures, manifestement pas aussi jeunes que la plupart des demoiselles qui peuplent le cimetière, souffrent d'une cruelle maladie de la peau due aux coulures de pluie et à l'humidité conséquente qui a bruni la pierre dont elles sont faites, les faisant apparaître bicolores. Cette étrange apparence les rend bien singulières, et si d'autres statues eurent pu avoir le même traitement, il n'en est pas moins qu'elles sont toutes les quatre très marquées.

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Nombreux sont les ouvriers (photo ci-dessus) qui, au sein de la nécropole, entretiennent et restaurent tout ce qui en a besoin. Jardiniers, ingénieurs en plâtre, sculpteurs... Les œuvres d'art elles-mêmes doivent être analysées avant leur restauration, de sorte à savoir par quel biais il est possible de leur redonner une nouvelle jeunesse sans pour autant les dénaturer. Les jardiniers et paysagistes, comme nous l'avons vu précédemment avec les souches, ont largement de quoi faire avec toute la végétation, et même les plus simples pavés méritent les meilleurs traitements. Rien ne saurait être laissé au hasard, car dans ce lieu magnifique, il existe tant de recoins égarés où personne ne va jamais que l'oubli peut condamner les plus beaux décorums. Il n'est donc pas rare de voir des trous creusés, des échafaudages, des petits chantiers qui n'ont autre but que de redorer le blason du cimetière du Père Lachaise.

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Il est déjà si facile de s'égarer dans ce lieu de perdition où ni l'espace, ni le temps, ne semblent avoir prise sur le visiteur qui, perdu dans ses pensées provoquées par la beauté de ce qui l'entoure, ou par la tragédie des défunts qui, parfois, ont passé l'arme à gauche bien avant leur cinquième ou sixième anniversaire (photo ci-dessus), en perd le sens des réalités... Si facile de finir par verser des larmes pour ces inconnus à qui l'on souhaiterait donner un peu de notre existence, à la fois si simple et si impossible de caresser leur présence éthérée du bout des doigts pour leur insuffler le souffle de vie qui leur manque... Alors à défaut de pouvoir les ramener parmi nous, faisons au moins en sorte qu'ils aient une sépulture décente, ne les oublions pas, et gageons que nous les retrouvions lorsque nous passerons de l'autre côté, à notre tour...

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Sous les frêles épaules, les deux bras de la statue n°2 (photo ci-dessus) présentent dans chacune de ses mains une couronne adressée aux défunts dont elle garde la sépulture tout en attirant le regard des amateurs de sculpture funéraire... comme moi. Sa fragilité accentuée par sa longue cape à capuche d'une taille bien supérieure à celle de son corps aux lignes rachitiques contraste avec la force de sa profonde dévotion aux siens et son abnégation. Donner de soi est la plus grande preuve d'Amour, et avec le sentiment reçu en retour se créé une alchimie qui met en symbiose les êtres aimés pour l'éternité. Les deux couronnes que cette femme tend vers le bas serait-elle adressée à deux aimants ?

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À présent à l'extrême est du cimetière, après ces quelques réflexions, nous remontons vers le nord et croisons au passage la silhouette blanche et crémeuse de la statue n°11 (photo ci-dessus), située dans la 93ème division du cimetière, et nous extasions devant son apparente pureté. Derrière elle, au loin s'étendent à perte de vue des centaines de sépultures, avec autant de stèles, d'épitaphes, d'autres statues, d'anges... Trop nombreuses... Trop belles... Trop pures et trop envoûtantes, parfois, pour oser s'en approcher, comme Narcisse qui, attiré par son propre reflet dans la rivière, se pencha tellement en avant qu'il tomba en avant et s'y noya. La sculpture funéraire est pour les plus passionnés une drogue dure dont on ne peut plus se défaire, car elle rejoint le fantasme des plus romantiques : les femmes et l'Amour par-delà la mort. Et le blanc immaculé de cette statue drapée dans un linge est comme un rappel de la Beauté de la Création. Création originelle si l'on voit la femme, et création artistique si l'on voit la statue. Tout est question de point de vue...

Éloignons-nous... avant de sombrer nous aussi dans les eaux trop limpides de la rivière.

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Nous bifurquons vers l'ouest pour tourner le dos au soleil et avancer entre les divisions n°89 et n°93 jusqu'à croiser sur notre gauche la statue n°10 (photo ci-dessus), une gisante complètement affalée, par Amour, sur la tombe de ses hôtes avec lesquels elle peut à présent dormir en toute sécurité, sans crainte d'être dérangée par qui que ce soit. Les visiteurs ne s'intéressent que trop peu à elle et sont bien trop occupés à s'extasier devant la singulière tombe d'Oscar Wilde, de l'autre côté de l'allée. Qu'à cela ne tienne, cette demoiselle n'en bénéficiera que de davantage d'attention de notre part. Son corps complètement ouvert vers le bas, légèrement incliné sur le côté, est littéralement lové contre la pierre avec laquelle il ne fait plus qu'un. Seules deux étoffes masquent sa nudité au niveau du bas-ventre et de la tête, mais il va sans dire que cela n'est qu'un simple détail pour elle. De toutes manières, endormie comme elle est, elle ne se soucie guère des apparences et s'en donne à cœur-joie pour visiter l'autre monde où les âmes de ceux qui sont enterrés sous son corps peuvent la retrouver et lui garantir qu'elles vont bien. Ce n'est pas de l'interprétation, c'est de la superstition, ni plus ni moins !

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Une petite visite à la statue n°58 (photo ci-dessus) dans la division n°90 achèvera cette petite promenade au Père Lachaise. Les deux heures que je m'étais allouées arrivent à leur terme, et si je vous fais poursuivre la visite, vous ne voudrez jamais plus en finir... Pour l'heure, visez donc les formes étranges de cette femme de bronze assise sur la tombe elle-même. Vous ne le voyez pas ici, mais son visage est complètement difforme, comme s'il était fait de cire et qu'elle s'était approchée d'un brasier qui aurait fait couler la chair de son visage : les yeux sont tombants, le baiser de l'ange (la gouttière sous les narines serait la trace du doigt d'un ange fait avant la naissance ; folklore angélique) bien marqué, les petits seins ronds haut perchés dans la pierre, le voile qui fait office de coiffure sur sa tête, et cette symbolique de tourner le dos au soleil pour s'orienter vers le royaume des ombres. Malgré le malheur du deuil, vous noterez bien que les proches prennent encore soin d'apporter des fleurs (ici, de magnifiques chrysanthèmes violets).

La visite est finie, et la sortie est juste sur la droite. Nous franchissons l'enceinte du cimetière de l'est et soupirons un grand coup. Deux heures passées dans les quarante-quatre hectares suffisent à épuiser l'esprit, comme de quitter l'air pollué de la ville pour aller se réoxygéner à la campagne : si bienfaisant, mais fatigant !

Au final, celle nécropole est ce qu'elle est : une propriété de l'état, appartenant à la mairie de Paris, avec tout ce qu'elle contient : portails, statues, pavés, végétation, ainsi que certains caveaux qui n'ont pas encore été attribués. On y pense à la mort, aux morts, mais par opposition, cela ne fait que mettre en évidence le fait que nous, nous sommes vivants. Cependant, la mort est cruelle, et demain peut être le dernier de nos jours avant que nous ne rejoignons celles et ceux que nous avons côtoyés ici. Mais n'oublions pas que les choses sont bien faites, et que, tôt ou tard, la nature reprendra ses droits...

...et la vie continue (photo ci-dessous).

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Pour le pire, mais surtout pour le meilleur !





REMERCIEMENTS


Édith

Gilbert BÉCAUD

Jean-Paul-Pierre CASIMIR-MEUSNIER

Georgette-Lucie CHEVALEAU

Henriette-Adélaïde RASPAIL


Famille AGUADO
(statues n°49 & 50)

Famille BERNARD
(ange n°27)

Famille DAILLY
(statue n°16)

Famille DE ERRAZU
(statues n°106, 107, 108 & 109)

Famille DE MERODE
(statue n°58)

Famille DESPLANCHES
(statue n°2)

Famille DOLGOROUKY
(statue n°16)

Famille DORTIAOS
(statues n°6, 53, 54 & 55)

Famille FLOQUET
(statue n°161)

Famille FREZE
(statue n°10)

Famille GAMICHON
(statue n°5)

Famille HESSE
(statue n°16)

Famille JOUSSELIN
(statue n°76)

Famille LAURAGUAIS
(statues n°6, 53, 54 & 55)

Famille LE WIN
(statue n°10)

Famille LEBEL
(statue n°79)

Famille LOBANOFF DE ROSTOFF
(statue n°16)

Famille MOREAU
(statue n°79)

Famille MOREAU-VAUTHIER
(statue n°79)

Famille MORIS
(statue n°17)

Famille MOURIER
(statue n°11)

Famille PEPOT
(statue n°79)

Famille SPULLER
(statue n°105)

Famille TARTARIN
(statue n°17)

Famille TERRY Y ADAN
(statues n°6, 53, 54 & 55)

Famille TERRY Y DORTIAOS
(statues n°6, 53, 54 & 55)

Famille VAUTHIER
(statue n°79)


Les familles des défunts
demeurant dans les sépultures
dont les statues
n°48, 129, 130, 131 & 132
sont les gardiennes.

Les familles des défunts
demeurant dans le
Monument aux Morts
dont les statues
n°136, 137, 138, 139, 140, 141, 142, 143 et 146
sont les gardiennes.


Merci à tous les défunts ;
puissiez-vous longtemps encore reposer ici
pour la paix de votre âme.


Remerciements particuliers à
Yves-Marie HENRY
pour nous prouver que
malgré la mort,
la vie peut y prendre ses racines.

Remerciements à
la Mairie de Paris,
au cimetière du Père Lachaise
et
à son personnel d'entretien,

aux artistes vivants ou disparus
qui ont œuvré pour en faire la magnifique nécropole qu'il est aujourd'hui,

aux visiteurs
qui, d'une manière ou d'une autre,
donnent un peu de vie
à leurs disparus...


Remerciements
à vous
qui avez voyagé avec moi
bien plus loin encore que la distance qui vous sépare du Père Lachaise,
et qui m'avez lu,
peut-être avec un certain découragement sur la fin,
mais jusqu'au bout.

Merci à vous,

Eric

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32 Re: Le père-Lachaise le Dim 24 Avr 2011, 7:31 pm

Je n'ai pas encore tout lire, mais on peut vraiment dire que tu t'es donné du mal à écrire ce long parcours. Et je t'en remercie car cela me ramène à tant de souvenirs...
Je n'ai pas encire eu le temps de tout lire, mais je me réserve une lecture bien plus nocturne pour ça.

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33 Re: Le père-Lachaise le Dim 24 Avr 2011, 8:16 pm

Oui, c'est vrai que je me suis donné du mal, mais ce souci de faire les choses bien découle justement de ma passion pour le Père Lachaise et, d'un point de vue plus général, pour la sculpture funéraire, et donc fondamentalement les Arts. Et puis ce qui est bien fait n'est plus à faire ; en outre, je l'ai surtout fait pour "eux"...

Quand je relis tout ça, je me dis juste que je suis bien assez intéressé par ce que j'aime pour en être complètement taré ! Plutôt cocasse...

Oui, prends le temps pour le lire et, en effet, réserve-le pour un état d'esprit serein tel que celui que la nuit inspire. Cela aura au moins le mérite de te pousser à l'évasion... Wink

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34 Re: Le père-Lachaise le Dim 29 Mai 2011, 1:49 am

J'ai enfin lu l'intégralité de ton texte, et je confirme que tu as dû y passer beaucoup de temps!
Je suis assez effaré de ta connaissance du cimetière, et je suis à des années-lumière de tant d'érudition dans ce domaine.
Je parcoure le Père-Lachaise de manière très différente de la tienne, car je suis en une démarche d'errance. Je ne prévois jamais aucun parcours, et je préfère savoir que je ne vais nulle part. Je passe entre les tombes pour éviter de croiser les gens, car je suis effaré par l'irrespect des gens envers les cimetières. car ne nous leurrons pas : la plupart sont d'idiots badauds ne faisant attention à rien. Et ça, je ne le supporte pas. de plus, je vais dans ce type de lieu pour me recueillir, donc moins je vois de monde et mieux je me porte.
Vivement que j'y retourne...

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35 Re: Le père-Lachaise le Dim 29 Mai 2011, 2:59 pm

Forever Vlad a écrit:J'ai enfin lu l'intégralité de ton texte, et je confirme que tu as dû y passer beaucoup de temps!
Curieusement, je l'ai relu hier, car je l'ai récupéré pour l'archiver dans mes dossiers. Effectivement, je me suis cassé la tête, mais quelle fierté !

Forever Vlad a écrit:Je suis assez effaré de ta connaissance du cimetière, et je suis à des années-lumière de tant d'érudition dans ce domaine.
Hin-hin, tu n'en seras plus qu'à quelques mètres lorsque tu y auras passé quelques demi-douzaines de journées complètes ; il n'y a pas de miracle, ne serait-ce que concernant la topographie du cimetière, l'emplacement des différentes divisions, les tombes célèbres, les curiosités comme les arbres séculaires ou les pierres tombales éclatées par de magistrales racines, etc. Après, pour peaufiner mes connaissances de la nécropole, quelques mille cinq-cent photos, de nombreuses épitaphes lues et caressées, des heures à nettoyer les abords des sépultures, un goût prononcé pour le passé, la sculpture et la mort ont fait le reste... Je ne me considère pas franchement comme un érudit : Je pense qu'un tel travail est à la portée de tous !

Forever Vlad a écrit:Je parcoure le Père-Lachaise de manière très différente de la tienne, car je suis en une démarche d'errance. Je ne prévois jamais aucun parcours, et je préfère savoir que je ne vais nulle part.
En fait, la toute première fois que j'y suis allé, c'était en tant que "touriste", pour m'y promener, m'imprégner de la sérénité des lieux, etc. Quand j'y suis retourné en 2007, et qu'à cette époque, j'y allais dans l'optique de recenser les statues intéressantes, il m'a inévitablement fallu m'organiser et procéder avec méthodologie. Du coup, équipé d'un plan et d'un stylo, j'ai pu cartographier l'emplacement précis des œuvres statuaires. Mon tracé était donc très organisé. Les fois suivantes, et jusqu'à l'année suivante, j'ai souvent anticipé sur mon trajet entre les différentes divisions. Mais depuis cette année, j'y vais sans prévoir d'itinéraire. Le jour de cette escapade, bien que je n'avais pas mon plan sur moi, j'ai simplement souhaité faire un tour du propriétaire et photographier les endroits-clef pour vous donner un premier aperçu des charmes du cimetière. Parce que je connais bien ce dernier et y suis désormais à l'aise, j'ai intuitivement trouvé les bons accès aux destinations que je visais. Mais je peux encore un peu y errer, bien que la connaissance des endroits où je suis à chaque instant m'ôte un peu de spontanéité. Il est désormais très dur pour moi de vaquer dans telle ou telle division au gré de mes envies, sans tenir compte de l'existence, de la présence d'une statue que j'apprécie tout particulièrement dans la direction où je me dirige. Quelque part, j'envie ton ignorance, car l'aspect découverte est peu négligeable, et je ne puis à présent plus vraiment errer. C'est ma connaissance du terrain qui fait la différence.

Forever Vlad a écrit:Je passe entre les tombes pour éviter de croiser les gens, car je suis effaré par l'irrespect des gens envers les cimetières. car ne nous leurrons pas : la plupart sont d'idiots badauds ne faisant attention à rien. Et ça, je ne le supporte pas. de plus, je vais dans ce type de lieu pour me recueillir, donc moins je vois de monde et mieux je me porte.
Tout-à-fait d'accord !

Forever Vlad a écrit:Vivement que j'y retourne...
Moi aussi... Du coup, pour pallier au manque, j'ai hier été passer une petite heure et demie (pour une première approche) au cimetière de la Chartreuse de Bordeaux, à deux pas de là où je vis (je viens de voir à l'instant sur Wikipedia qu'il faisait 29ha de superficie ; je lui en aurais donné deux fois moins. Moi qui pensais avoir un bon sens de la surface...). J'ai fait plus d'un tiers de ses divisions et n'y ai trouvé que sept statues : un bilan bien pauvre... Je les ai néanmoins photographiées et publie donc ci-dessous l'une d'entre elles qui représente la sépulture Catherineau, magnifique... Enjoy !

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36 Re: Le père-Lachaise le Sam 04 Juin 2011, 7:02 pm

Kirhel a écrit:Hin-hin, tu n'en seras plus qu'à quelques mètres lorsque tu y auras passé quelques demi-douzaines de journées complètes ; il n'y a pas de miracle, ne serait-ce que concernant la topographie du cimetière, l'emplacement des différentes divisions, les tombes célèbres, les curiosités comme les arbres séculaires ou les pierres tombales éclatées par de magistrales racines, etc. Après, pour peaufiner mes connaissances de la nécropole, quelques mille cinq-cent photos, de nombreuses épitaphes lues et caressées, des heures à nettoyer les abords des sépultures, un goût prononcé pour le passé, la sculpture et la mort ont fait le reste... Je ne me considère pas franchement comme un érudit : Je pense qu'un tel travail est à la portée de tous !
Je te dirais un jour si cela est à ma portée!

Kirhel a écrit:En fait, la toute première fois que j'y suis allé, c'était en tant que "touriste", pour m'y promener, m'imprégner de la sérénité des lieux, etc. Quand j'y suis retourné en 2007, et qu'à cette époque, j'y allais dans l'optique de recenser les statues intéressantes, il m'a inévitablement fallu m'organiser et procéder avec méthodologie. Du coup, équipé d'un plan et d'un stylo, j'ai pu cartographier l'emplacement précis des œuvres statuaires. Mon tracé était donc très organisé. Les fois suivantes, et jusqu'à l'année suivante, j'ai souvent anticipé sur mon trajet entre les différentes divisions. Mais depuis cette année, j'y vais sans prévoir d'itinéraire. Le jour de cette escapade, bien que je n'avais pas mon plan sur moi, j'ai simplement souhaité faire un tour du propriétaire et photographier les endroits-clef pour vous donner un premier aperçu des charmes du cimetière. Parce que je connais bien ce dernier et y suis désormais à l'aise, j'ai intuitivement trouvé les bons accès aux destinations que je visais. Mais je peux encore un peu y errer, bien que la connaissance des endroits où je suis à chaque instant m'ôte un peu de spontanéité. Il est désormais très dur pour moi de vaquer dans telle ou telle division au gré de mes envies, sans tenir compte de l'existence, de la présence d'une statue que j'apprécie tout particulièrement dans la direction où je me dirige. Quelque part, j'envie ton ignorance, car l'aspect découverte est peu négligeable, et je ne puis à présent plus vraiment errer. C'est ma connaissance du terrain qui fait la différence.
Cela me rappelle vraiment les conversations que j'avais avec mon ex qui était en histoire de l'art : ou comment devoir choisir entre l’œil du connaisseur ou l’œil du naïf.
Par contre, la seule différence est que tu es moins sexy que mon ex! Laughing

Kirhel a écrit:Tout-à-fait d'accord !
A mort les touristes!!

Kirhel a écrit:Moi aussi... Du coup, pour pallier au manque, j'ai hier été passer une petite heure et demie (pour une première approche) au cimetière de la Chartreuse de Bordeaux, à deux pas de là où je vis (je viens de voir à l'instant sur Wikipedia qu'il faisait 29ha de superficie ; je lui en aurais donné deux fois moins. Moi qui pensais avoir un bon sens de la surface...). J'ai fait plus d'un tiers de ses divisions et n'y ai trouvé que sept statues : un bilan bien pauvre... Je les ai néanmoins photographiées et publie donc ci-dessous l'une d'entre elles qui représente la sépulture Catherineau, magnifique... Enjoy !

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Elle est magnifique cette tombe!! Elle me rappelle un de mes t-shirt de Mayhem.

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37 Re: Le père-Lachaise le Sam 18 Juin 2011, 10:43 am

Forever Vlad a écrit:
Je te dirais un jour si cela est à ma portée!
Je n'en doute pas une seule seconde...

Forever Vlad a écrit:Cela me rappelle vraiment les conversations que j'avais avec mon ex qui était en histoire de l'art : ou comment devoir choisir entre l’œil du connaisseur ou l’œil du naïf.
Cela me rappelle également les conversations très passionnées que je partageais avec mon ex qui était étudiante en histoire de l'Art, elle aussi. Curieusement, elle me parlait d'ignorance tandis que je lui parlais de connaissance.

Forever Vlad a écrit:Par contre, la seule différence est que tu es moins sexy que mon ex! Laughing
Toi aussi ; tes cils sont plus courts et tu es moins sensuelle qu'elle ne l'était.

Forever Vlad a écrit:A mort les touristes!!
On devrait faire comme au Japon (règles d'immigration très strictes) pour les touristes ; on les obligerait à porter un tee-shirt marqué d'une cible concentrique en plein cœur. Gniark ! Twisted Evil

Forever Vlad a écrit:Elle est magnifique cette tombe!! Elle me rappelle un de mes t-shirt de Mayhem.
Tu pourrais nous mettre une photo ? cyclops

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